Allemagne : le décrochage ! [Alexandre Mirlicourtois]

Côté pile, l’Allemagne a détrôné le Japon du 3ème rang économique mondial. Côté face, le pays est gagné par la peur du déclin conséquence d’un modèle économique incapable de s’adapter aux contraintes géopolitiques et environnementales. Trois marqueurs pour prendre l’ampleur du malaise :

La première économie européenne se retrouve aujourd’hui avec un niveau de PIB à peine supérieure à celui de l’avant Covid ; le pouvoir d’achat a lâché ; l’industrie manufacturière a décroché. Réacteur de l’économie du pays elle ne tourne plus rond et plus qu’une panne c’est une « casse » moteur.

La suprématie industrielle allemande s’est bâtie sur 4 leviers principaux et tous se sont grippés. L’économie de bazar mise en place pour siphonner les bas coûts et la productivité des PECO a été torpillée par la hausse des salaires et le renchérissement du prix de l’énergie dans ces pays.

La pression mise sur les coûts des services incorporés massivement dans la chaîne de valeur des produits finis s’est évaporée avec la mise en place et la généralisation d’un salaire minimum légal en 2015. La politique énergétique agressive avec l’abandon du nucléaire pour bénéficier des tarifs les plus bas possible

Via les importations massives de gaz en provenance de Russie pour faire tourner la base industrielle a été prise de revers par les conséquences de la guerre en Ukraine. Chercher les relais de croissance vers le grand large, principalement en Chine

Se heurte désormais aux difficultés des pays émergents à faire grandir et prospérer leur classe moyenne. Fragilisée, l’industrie allemande subit en outre une double pression. D’abord celle venue des Etats-Unis. Favorisé par un prix de l’énergie ultra avantageux (le rapport reste de 1 à 3 avec l’Europe), l’Amérique a aussi dégainé l’Inflation Reduction Act.

Ce dernier accorde aux entreprises, aux ménages subventions et avantages fiscaux sous conditions de production locale et/ou de contenu local des biens utilisés dans leur production. L’ensemble rend la concurrence difficilement soutenable pour les sites de production allemands les plus énergivores menacés de fermetures ou de délocalisations d’activités.

La chimie, 3èm secteur industriel du pays, a dévissé de plus de 20% en deux ans avec comme conséquence des capacités de production trop faiblement utilisées pour être rentables si bien qu’un quart des chimistes allemands envisagent de délocaliser des productions. Métallurgie, industrie du papier sont également en souffrance et la liste n’est pas exhaustive.

D’après une enquête réalisée en 2022 par la Fédération des industries allemandes près d’une entreprise sur quatre du Mittelstand envisagerait de transférer sa production à l’étranger. Or, le Mittelstand, qui réunit PME et ETI, est l’épine dorsale du système productif allemand. Un second front est ouvert, il vient principalement d’Asie et concerne l’automobile.

L’an dernier, à peine plus de 4 millions de véhicules sont sortis des chaines allemandes, contre plus de 5,5 peu avant la Covid. Minés par de mauvais choix stratégiques, les espoirs d’un retour aux volumes de production passés sont minces. Les industriels allemands n’ont pas su développer d’avantage comparatifs dans la motorisation électrique.

La concurrence vient en partie d’Europe (France, Pologne, Hongrie bataillent pour attirer chez elles les usines de batteries et un écosystème de fournisseurs), des Etats-Unis mais plus encore de Chine où les modèles y sont jusqu’à 5 fois moins chers.

Les constructeurs chinois installent des usines au Brésil, en Argentine, au Mexique, en Arabie Saoudite, en Afrique du Nord. D’ici peu, ils disposeront d’une offre locale sur ces marchés que les modèles allemands importés ne pourront jamais concurrencer. Le soubassement économique de l’Allemagne se lézarde

Son modèle social fait de culture de la cogestion et du compromis, de dialogue social exigeant mais apaisé s’abime lui aussi. Désindustrialisation, commerce extérieur dégradé, grogne sociale généralisée, colère agricole, impopularité de l’exécutif, fragmentation du paysage politique, montée des extrêmes, défiance vis-à-vis de l’Europe, l’Allemagne a une crise de retard par rapport à la France

Et si elle n’est pas redevenue l’homme malade de l’Europe elle en est à coup sûr l’homme éreinté et has been.

Côté pile, l’Allemagne a détrôné le Japon du 3ème rang économique mondial. Côté face, le pays est gagné par la peur du déclin conséquence d’un modèle économique incapable de s’adapter aux contraintes géopolitiques et environnementales. Trois marqueurs pour prendre l’ampleur du malaise : la première économie européenne se retrouve aujourd’hui avec un niveau de PIB à peine supérieure à celui de l’avant Covid ; le pouvoir d’achat a lâché ; l’industrie manufacturière a décroché. Réacteur de l’économie du pays elle ne tourne plus rond et plus qu’une panne c’est une « casse » moteur. […]

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9 Comments

  1. Apres la casse francaise, celle de l'Allemagne est bien enterinee.
    Le plan de destruction des nations se deroule comme prevu.
    Fallait faire attention en votant pour ce carcan europeen.
    Ne vous reste que la revolte, mais les moutons le peuvent-ils ?

  2. L'Allemagne a eu deux décennies de balance commerciale hyper excédentaire à nos dépens à cause de l'euro et de l'UE (qui aurait dû inclure des mécanismes d'équilibrage en la matière, notre balance commerciale française s'étant effondrée dans le même temps). Notre déficit commercial s'est reflété dans nos déficits publics. L'Allemagne n'a qu'à faire comme les copains maintenant : s'endetter pour soutenir son économie. Au lieu de cela nos élites traîtresses organisent le pillage énergétique de la France au bénéfice de l'Allemagne via les tarifs ARENH qui ont coûté à EDF plus de 8 milliards.

  3. Comme le suggérait Jean-Marc Daniel vendredi dernier sur BFM Business, il ne reste plus qu'à l'Allemagne à sortir de l'€ pour profiter de la force du Deutsch Mark afin d'acquérir massivement des actifs extérieurs qui paieront ses retraités.

  4. Depuis le 13 siécle avec la hanse l'allemagne a toujours été une grande puissance économique et quoiqu'il se passera elle le restera.Ils ont les meilleurs ingénieurs dans tous les secteurs et surtout se sont d'excellents vendeurs,dans le monde entier ,le made in germany reste une référence, il faut voyager le made in france c'est quoi les parfums et… la baguette.Il faut remercier nos pathétiques gouvernants français , avec une mention spéciales pour nos soit-disant socialistes, les innocents ,qui depuis le président Giscard voient dans le "couple" franco-allemand " un moteur vers le progrès, ce qu'ils peuvent rigoler à Berlin, l'euro calqué sur le mark et nous obligé de s'endetter pour suivre le rythme et payer cette dette c'est autant d'argent détourné pour faire avancer le pays.Et puis même si ils ont fait une erreur sur l'énergie en fait ils n'ont pas pensé à à une guerre en Ukraine, comme ils nous tiennent avec cette dette et bien grâce à notre nucléaire qu'ils ont pourtant tout fait pour saborder, c'es toujours nous qui amortissons leur facture.La seule chose qu'ils nous envient c'est notre place au conseil de sécurité à l'onu d'ailleurs c'est étonnant qu'aucun de nos valeureux politiciens n'est encore cédé.Si il y a pays qui est susceptible de déclencher une crise majeure en europe c'est nous avec nos milliards de dette et notre déficit commercial, elle est ou la french start-up.Les rois du monde occidentl sont les etats-unis et leur principal allié, celui en qui ils ont le plus de respect et de confiance… dans quel pays d'europe le président Obama s'est-il arrêté pour sa tournée d'adieux…l'allemagne.Donc si ce pays doit chuter, je n'ose imaginer ou nous français seront

  5. Ce que les économistes ont toujours beaucoup de mal à comprendre est que la croissance qu'on connait depuis 2 siècles n'est que la conséquence de l'exploitation des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) et dans une moindre mesure le nucléaire. On n'est pas encore à la fin de ce cycle mais pour l'Allemagne l'énergie est déjà hors de prix à cause de mauvais choix : la sortie du nucléaire, la confiance aveugle (corruption ?) dans le gaz Russe, les lobbys industriels, etc. Ça ne peut pas bien se terminer à moins d'un changement radical et rapide. Mais ça ne semble pas au programme, avec par exemple un report de la sortie du véhicule thermique sous la pression d'une industrie auto supposée de pointe mais qui n'arrive pas à sortir des véhicules électriques au niveau de la concurrence en terme de rapport prestation / prix voire complètement buggés. Pendant ce temps la concurrence avance et lorsqu'un véhicule électrique coûtera moins cher neuf sans aide qu'un véhicule thermique (dans bien moins de 10 ans) la chute sera extrêmement brutale et ce sera la faillite de l'Allemagne. La fin de la vente des véhicules thermiques en 2035 n'est pas la réelle échéance aussi faire du lobbying contre les normes environnementales et la réduction des émissions c'est juste se tirer une balle dans le pied.

  6. Sans Angela Merkel rien ne marche, ni en Europe, ni en Allemagne. C'est elle qui portait la culotte, maintenant on le sait.

    Je pense qu'elle aurait essayé et obtenu que la situation ne dégénère à ce point en Ukraine.

    Son surnom c'était Mutti… pas sur que Scholtz soit un jour Vatti…