L’héritage | YAKUZA | Épisode 1/2 | ARTE

Le boss de l’ikedagumi, un clan du Yamaguchigumi, la plus grande organisation yakuza, était en train de se faire couper les cheveux quand on a tenté de le tuer. Et comme le boss se faisait couper les cheveux dans une pièce privatisée, l’un de ses gardes du corps a pu s’interposer. Le garde du corps a été poignardé dans l’œil et il a failli mourir. Voilà un exemple de la guerre sans fin entre ces deux factions. Pourtant, même si cette guerre dure depuis 7 ans, il n’y a pas eu un seul civil tué. Donc la police se dit autant les laisser s’entretuer et nous écraserons ce qu’il restera. C’est peut-être la meilleure stratégie car le plus grand ennemi des Yakuzas ce sont les yakuzas eux-mêmes. Depuis les lois contre le crime organisé promulgué dans les années 2010, on disait les yakuza fini laminé. Pourtant, ils sont encore là. Ces groupes mafieux prétendent contenir la violence par la violence et protéger la société. Un mal nécessaire. Qu’en est-il au juste ? Pour le savoir, j’ai décidé de les rencontrer. Bravant la répression policière et les interdictions qui pèsent sur leur prise de parole. La plupart à visage découvert. Ils ont accepté de se livrer et de répondre à mes questions. À Tokyo, j’ai rendez-vous avec l’Américain Jack Adelstein, le seul journaliste étranger à avoir enquêté des années sur le crime organisé pour l’un des plus grands quotidiens japonais. Mon intérêt pour le Japon remonte au lycée. Un jour, un professeur m’a conseillé de faire du karaté pour m’aider à contrôler ma rage. À l’université du Missouri où j’ai étudié le japonais, j’ai découvert l’existence d’un programme d’étude d’un an au Japon. J’ai pu y aller. Je n’ai jamais quitté le Japon depuis. Au Japon, lorsque vous voulez être journaliste, vous passez un examen. J’ai eu de bons résultats. C’était en 1992. Vous avez donc cet étranger dont le japonais est plutôt bon. Et on m’a raconté plus tard que le président du groupe de presse Yomi a dit en gros pourquoi ne pas l’engager et voir ce que ça donne ? Au pire on le vire. J’ai été affecté au groupe de travail sur le crime organisé et au département des vols. C’est comme ça que j’ai découvert le monde des Yakuza, le terme qui désigne les groupes du crime organisé au Japon. Je m’appelle Takeshi Iama. J’aurais 47 ans cette année. Mon clan est le Kyodokai. Son siège se trouve à H Onomichi, Hiroshima et je suis personnellement responsable du clan Ichiama de Ki. Ma carrière a commencé alors que j’étais dans un gang de motard. après m’être enfuie de chez moi à l’âge de 15 ans. C’est à cette époque que dans le bar d’un ami, j’ai rencontré mon Aniki, mon grand frère. C’est comme ça que je suis entré dans ce monde. J’ai une femme tatouée dans le dos avec un serpent enroulé autour d’elle. J’avais environ 23 ans quand je me suis fait tatouer. À l’époque, tous les yakuzas le faisaient. On appelait un maître tatoueur en dehors de notre territoire. C’était la technique wabori à l’époque. On se faisait charcuter la peau sans prendre de pause. Cin ou six à la fois. Pour être franc, je me suis fait tatouer pour faire comme les autres. J’ai simplement suivi le mouvement. Lorsque vous vous faites tatouer au Japon, ce qu’on faisait autrefois au criminel. Cela signifie je suis un gangster. Je ne reviendrai jamais à la vie civile. Désormais, ma vie sera celle d’un Yakuza. Dans le temps, il était courant que les boss payent les tatouages de leur jeunes recrues parce que les tatouages peuvent coûter très cher. En échange, vous pouvez vous tatouer le nom de votre organisation sur la poitrine et parfois celui de votre boss. C’est une marque de loyauté à l’entreprise poussée à l’extrême. Si vous avez le blason du Sumioshikai ou du Kantorengo tatoué sur la poitrine, il vous sera difficile de rejoindre une autre organisation comme le Yamaguchigumi ou le Aizuotsai par exemple parce que vous êtes marqué. Comme je ne rejoindrai jamais une autre organisation, j’ai aussi le blason de mon clan. Autrefois, les tatouages étaient très douloureux parce qu’il n’étaient pas fait avec des aiguilles électrique, mais avec une aiguille rouillée et du charbon de bois. Ces aiguilles pénètrent profondément dans la peau. Ça fait mal, ça saigne beaucoup. Cela signifie je suis capable d’endurer une grande douleur. Si un yakuza vous voit avec des tatouages de couleur sur tout le corps, il sait que vous êtes un dur. Il sait que vous pouvez supporter la douleur, ce qui est assez effrayant. Les yakuza sont apparus pour la première fois dans l’histoire du Japon à la fin du 8e siècle. À cette époque, le jeu de D qui est originaire de Chine venait d’être introduit au Japon. Les jeux de D sont rapidement devenus populaires dans l’aristocratie japonaise. L’empereur a rassemblé les Yakuza, c’est-à-dire les marginaux et il les a employé dans le secteur en pleine expansion des jeux d’argent. Donc dès le début leur position sociale était des plus basses. Le mot yakuza fait référence à une main perdante au jeu de D. 8 93. Yakuza en japonais. C’est une façon humble de dire nous sommes des perdants et Yakuza sont donc conscients qu’ils sont la lit de la société. de Puis toujours, les yakuzas sont issus des couches les plus pauvres et les plus discriminés du Japon. Le crime est pour eux un moyen de s’élever dans la société et d’acquérir une forme de respectabilité. Akira Asakura est chef de clan à Asakusa, un quartier populaire de Tokyo et l’un des bastions historiques du crime organisé. Ok, wait. Je suis membre d’une organisation basée dans le Kanto mais qui s’étend sur l’ensemble du Japon. Je m’appelle Akira. Asakura mon organisation existe depuis le 17e siècle. Elle compte environ 300 membres répartis dans tout le pays. Dès que j’ai appris à connaître mon boss actuel, que j’ai été proche de lui, de sa façon de vivre, sa façon d’être, je suis tombé sous le charme et c’est comme ça que j’ai mis le pied dans ce monde. Ce qui est resté le plus profondément ancré en moi, c’est quand j’ai reçu la coupe de saqué de ses mains pour devenir un yakuza. Mon souvenir le plus fort. Le Sakazuki, l’échange de la coupe de Sak, c’est un rituel yakuza. C’est le lien qui se forme entre le boss qu’on appelle au yaboun et une jeune recrue. Tous deux doivent partager la coupe de saquet. Quand on la reçoit, on devient le disciple du chef, l’enfant du père. C’est comme ça qu’on intègre une famille Yakuza. Le terme Kumi qu’on utilise pour désigner les organisations criminelles peut se traduire par le mot famille. On recrée là une famille sans lien du sang où le chef est appelé Oyaboun, autrement dit le père. Sous le chef, il y a les wakagashira qui signifient petite tête jeune. Et en dessous, ce sont les officiers de chaque mois, les Yakuza doivent payer leur cotisation. Les plus jeunes qu’on appelle les branches comme les branches d’un arbre collectent tous les mois entre 50000 et 100000 liennes. Ils remettent cet argent à leur chef de clan qui payera sa cotisation à Loyaboun. L’argent est aspiré par le bas pour remonter jusqu’au sommet. Voilà. Si vous ne pouvez pas payer, vous ne pouvez pas rester dans l’organisation. Et donc la cotisation, c’est de l’argent qui ne sort jamais à l’extérieur. Le fisque n’a aucun moyen d’y accéder. La police n’a aucun moyen d’enquêter là-dessus. Voilà pourquoi les yakuza fonctionnent en vase clo. C’est ça la vraie nature des yakuzas. Être yakuza, c’est un mode de vie, celui d’un homme, un vrai. Une vie passionnante. On aime marcher en bombant le torse, manger et boire avec nos frères ou avec nos supérieurs. Il y a plein de choses que j’aime là-dedans. Je protège mon territoire. J’écoute les problèmes des gens. Je les aide de toutes les manières possibles. Nodo comme dit le vieux dicton, c’est aider les faibles et écraser les plus forts. En clair, c’est aider la veuve et l’orphelin. Quoi qu’on nous demande, ne pas penser qu’à soi-même. une assistance qu’on apporte en retour des bienfaits qu’on a reçu. Et bien, comment appelez-vous ça ? La carotte et le bâton. Par exemple, si je dois récupérer du fric pour le compte de quelqu’un et que quand j’arrive chez le type, sa femme et ses enfants sont en pleur, je sortirai l’argent que j’ai sur moi pour le leur donner. Mais si le mec refuse de régler sa dette et qu’il la ramène, je dirai à ce connard, “Rends l’argent si tu veux pas qu’il t’arrive une bricole.” Lorsque les Yakuza parlent de Ninkyodo, ils entendent se comporter en citoyen du monde responsable, aider les autres, rendre la société meilleure et plus sûre, ce qui est assez ironique de la part de criminels. Les choses que les Yakuzas interdisent généralement à leurs membres sont le vol ordinaire, le vol à main armé et bien sûr l’agression sexuelle parce que ces choses dérangent le voisinage et provoquent une augmentation de la criminalité de rue. Traditionnellement, les yakuzas ne s’impliquaient pas dans ce type de délinquence. C’est une des raisons pour lesquelles la police et une grande partie de la société ont longtemps fermé les yeux sur leurs activités. Quand j’ai débuté dans le journalisme, Tokyo a été divisé en plusieurs arrondissements. De 1999 à 2001, j’ai couvert le 4e où se trouve le Kabukicho. Kabukicho, à l’époque où c’était un quartier encore humide, sale et non réglementé, était une sorte de Disneyland géant pour adultes où tous les désirs sexuels les plus bizarres pouvaient être satisfaits. Les gens venaient de toute l’Asie pour visiter les merveilles du Kabukicho, de Chine, de Taiïwan, du Vietnam. Si vous aviez le bon guide, on vous laissait entrer dans des endroits normalement interdits aux étrangers. Et parce que c’était une telle mine d’or, chaque organisation Yakuza avait son territoire à Kabukicho. C’est de loin le meilleur endroit pour se faire de l’argent. C’est pour ça qu’il y a de nombreux Yakuza à Kabukicho. Mon nom est Yuichi Sakurai. En 1977, j’ai rejoint le département de la police métropolitaine du Japon. En tant qu’inspecteur, je travaillais sur la répression du crime organisé. À Kabukicho, il y a beaucoup de bars et de restaurants. Les Gang Yakuza viennent de tout le pays pour y collecter des taxes de protection. Ce sont des frais prélevés dans les restaurants et les commerces de rue par les gangsters. Notre fric, on le gagne grâce au trafic de drogue, à nos snackbars, nos restaurants, nos bar à hautess qui sont gérés par des gens de la société civile. Et je pense que ça dépend d’un clan à l’autre. Mais en gros, on prend un pourcentage sur les bénéfices. L’argent que l’on gagne et bien ce n’est pas proprement parler à un salaire. Ce sont des revenus illégaux pour lesquels on pourrait se faire arrêter. Et si on fait ces choses-là, c’est parce que ça rapporte gros. Depuis toujours, nous récoltons des taxes de protection sur notre territoire. On perçoit de l’argent dans tous les bars et les restaurants sous prétexte de les protéger. Si vous voulez travailler ici, vous devez nous payer. Si vous ne le faites pas, garos ennuis. En fait, c’est du chantage. Quand vous tenez un bar qui vend de l’alcool et que des gens ivr font du tapage, normalement vous appelez la police. Si la police débarque pendant que tout le monde fait la fête, il faut fermer boutique. Alors que si vous appelez les Yakuza à qui vous payez la taxe de protection, deux ou trois d’entre eux vont sortir l’agitateur pour lui dire “Jeune homme, calmez-vous et la soirée continuera comme si de rien n’était. Les Yakuza prendront au passage une taxe de nuisance au clients turbulents qu’ils remettront au patron du bar en disant “Appelez-nous si ça se reproduit.” De plus à Kabukicho, il y avait des casinos clandestins, des casinos bien gérés situés en sous-sol d’un bâtiment avec des tables de bakara et de poker, de belles femmes et de l’alcool de qualité. Il y avait aussi de la prostitution, des salons de massage louches, des pratiques sexuelles bien particulières, beaucoup de love hôtel et des bar à hautess qui n’impliquent pas de relations sexuelles. Juste de jolies femmes qui remplissent vos vers et prétendent vous aimer en flirtant avec vous. On trouvait tout ça à Kabukicho. On devait reverser une partie des revenus de notre travail de nuit au yakuza en charge du territoire. Je suis originaire de Russie. J’ai 38 ans. Je suis venue au Japon pour la première fois en 2003. C’était pour le travail. On m’a fait travailler dans un peuple russe, un de ces clubs à hautess qui sont très courants au Japon où il s’agit de boire et de discuter avec des hommes. Les clients n’avaient pas vraiment l’intention de discuter avec les filles. Il voulait surtout s’amuser avec elle en touchant leur corps. Le patron aurait aimé qu’on couche avec eux pour que les clients soient satisfaits. Mais si nous ne voulions pas, nous n’étions pas obligés de le faire. des Yakuza faisait aussi partie de la clientèle du club. Ça arrivait qu’il me propose d’essayer des drogues, mais moi, j’ai toujours refusé. Il y a du trafic de métamphétamine qui se fait dans les coulisses. À Kabukicho, il y a toutes sortes de crimes et de délit. Par exemple, les yakuzas prostituent des enfants. Il y a ça aussi. À Kabukicho, on trouve des yakuzas de différents gangs. Le Yamaguigumi, l’inagawakai ou encore le Sumoshikai. Il y a aussi les marchands ambulants du Kyokutokai et des Yakuza de gang plus petits. Au-delà de Tokyo, les Yakuza quadrill l’ensemble du Japon. Ce ne sont pas moins de 23 organisations, enant chacune une myriade de clans et de groupes affiliés qui se partage son territoire. Grâce à ces méthodes d’une redoutable agressivité, le Yamago Chigumi, originaire de la ville de Kobé, sita la part du lion. Le Yamaguigi est la plus grande organisation yakuza. Elle a été fondée en 1915. Le Yamaguchigumi était à l’origine une petite famille de Kobé, un petit clan qui en a absorbé d’autres. C’est comme ça qu’elle est devenue la gigantesque organisation qu’elle est aujourd’hui. Le Yamaguigumi rassemble la moitié des Yakuza du Japon. En 2010, il comptait près de 35000 membres. Si ces effectifs ont largement diminué ces dernières années, il reste l’une des plus grandes organisations criminelles au monde. Mon nom est Kawamura. Je suis devenu Yakuza en 1980. À cette époque, j’ai eu la chance de devenir membre du Yamagumi à Kobé. J’ai gravi les échelons jusqu’au rang de chef de clan. La raison pour laquelle je suis entré dans le monde des Yakuza, c’est parce que je suis né au même endroit que Loyabun Taoka. Et je me suis dit ce grand chef Yakuza, il est de Chikoku comme moi. Je l’admirais. Le Yamaguigumi avait une importance négligeable dans le crime organisé à Kobeé avant la Seconde Guerre mondiale. Mais après la guerre, Taoka qui était un brillant stratège a réalisé qu’en contrôlant les docs, il pouvait contrôler la construction locale. Il a aussi compris qu’il y avait beaucoup d’argent à se faire en gérant des entreprises de divertissement, des sociétés de construction, des agences immobilières. en prélevant un bénéfice sur la vente de drogue, en diversifiant les activités illégales comme les jeux d’argent, tout en blanchissant ses revenu à travers des sociétés légales. Taokai était un personnage très charismatique et très intelligent. Il avait compris qu’utiliser la violence en faisant pression sur les gens vous permet d’obtenir à peu près tout ce que vous voulez et de réussir mieux qu’une entreprise qui ne recourt pas à la violence. On l’appelait l’ours parce qu’il avait l’habitude de griffer les gens. Son courage, son stoïisme face aux situations les plus délicates ont beaucoup impressionné et attiré à lui un tas de truang qui tenait absolument à se mettre à son service. Taoka, le trè boss du Yamaguigumi était un homme au-dessus de la mêlée. C’était une personne vraiment merveilleuse. Je suis venu à Tokyo au moment où il est décédé. À sa mort, les membres du Yamaguigumi se sont divisé et ils se sont livrés à une terrible guerre de succession. Ça a été une période très difficile pour tout le monde. Taoka est mort d’une crise cardiaque. C’était un personnage si puissant qu’après son règne, la vacance du pouvoir a entraîné une guerre de 4 ans au sein du Yamaguigi qui a fait de nombreuses victimes. Il n’y a jamais eu de vrai chef Yakuza qui soit une femme, même si certaines ont eu du pouvoir en coulisse. Mais quand Taoka est mort, sa femme Mickey qui était une femme incroyablement dure a dirigé l’organisation pendant 3 ou 4 ans. Elle a également joué un rôle important dans le choix de son successeur, Takenaka. Mais les résistances étaient telles qu’une partie du Yamaguigi a fait sécession et fondé Lichiwakai. La guerre qui a fait rage pendant 4 ans entre ces deux groupes a été particulièrement sanglante. Il y avait des maisons attaquées au camion béliers, des gens assassinés à leur domicile. Et comme cette guerre ne concernait que des Yakuzas qui s’entretuaient, elle est devenue une sorte de spectacle. Les journaux comptaient les morts. Je ne me souviens pas exactement combien il y a eu de morts pendant cette guerre. Plusieurs centaines de personnes ont été portées disparues et il a dû y avoir entre 100 et 200 tués. Si vous incluez les blessés, ça fait des milliers de personnes. À cette époque, rien que dans le Yamaguigumi, il doit y avoir 10000 personnes qui ont été impliquées. C’était une époque où tuer et ne pas être tué était en moi. J’étais jeune, j’avais ça dans la peau. Je pensais que c’était cool de vivre de cette manière. J’en suis nostalgique. J’avais toujours deux pistolets sur moi, deux armes de point et des grenades ici pour me faire exploser. C’est comme ça que je vivais. J’avais reçu une formation militaire et à mon tour, j’ai formé des gens de cette manière. Je ne devrais pas trop en dire là-dessus. Je ne peux pas révéler par quelle unité de quel pays étranger j’ai été formé. Mon formateur, je les rémunierai pour apprendre des compétences particulières. Comment utiliser une arme ? Comment réagir dans telle situation ? Le formateur était un soldat des forces spéciales. J’étais devenu une sorte de machine à tuer. Faire la guerre pour le clan, tuer pour le clan. J’ai fait toutes ces choses. Dans les années 1980, pendant cette guerre entre le Yamaguigi et l’Ichiwakai, quand il y avait ces fusillades spectaculaires, des combats opposant les deux clans, les fanzines Yakuza sont apparus. Ces magazines mensuels étaient dédiés aux exploits des Yakuza. Voici un fanzine yakuza typique. Les gens qui lisent ces magazines sont les Yakuza, des employés de bureau qui fantasment sur les Yakuza, des policiers et des journalistes comme moi. C’est un peu fou, mais si vous voulez savoir qui est au sommet de la mafia au Japon, il vous suffit d’acheter un de ces magazines et il vous dira qui est en haut, qui est en bas, qui s’est élevé, qui ne s’est pas élevé. Des bandes dessinées. Les gens aiment les bandes dessinées autant qu’ils aiment les yakuzas. Il s’agit de la vie de Takenaka, le 4e boss du Yamaguigumi. Des tatouages, les gens aiment envoyer leur tatouage. De petits articles sur les arrestations récentes dans le monde des Yakuza. Une section consacrée à l’activité des groupes d’extrême droite qui sont presque toujours soutenus par les yakuzas de la pornographie. des sites de rencontre pour les gens de la pègre, des articles sur les dernières guerres de gang. Celui-ci documente 365 jours de cette guerre des gangs. Les guerres de gang sont un classique de l’histoire des Yakuza. Celle qui a divisé le Yamaguchigumi à la mort de Taoka fut l’une des plus spectaculaires. Mais ces règlements de compte, ces conflits fratricides sont endémiques. Dans la plupart des cas, ce sont des luttes de pouvoir pour le leadership ou pour la domination d’un territoire. Des membres d’un autre groupe étaient venus sur notre territoire. Ils faisaient leur business carrément chez nous. Donc à ce moment-là, ça a été la guerre. Peu importe les causes de la guerre, quand il faut y aller, faut y aller. Les autres vont nous attaquer. Nous aussi, on doit les attendre de pieds ferme au risque de se faire tuer. Même ici dans la préfecture de Kochi qui est une petite ville, une guerre a éclaté à cause d’un conflit d’intérêt. Un jeune de notre organisation avait été retrouvé mort, ficelé de la tête au pied sur la plage de Katsurahaama. En réponse, nous avons lancé une grenade sur nos ennemis. Les dirigeants des deux clans ont dû agir rapidement pour mettre fin au conflit. La paix qui a découlé se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Pour éviter ce genre d’incident, les membres de Auran sont en contact permanent. Je ne vais pas vous mentir, les conflits entre yakuza ne se règlent pas facilement. Ça dégénère la plupart du temps. Dans ce genre de situation, il faut que ceux qui sont tout en haut de la hiérarchie entam des pourparler. Ensuite, les choses prennent la tournure qu’elles doivent prendre en fonction de ces négociations. Nous nous entendons bien avec les autres clans de notre organisation, mais franchement, nous avons aussi beaucoup d’ennemis. J’ai participé à deux ou trois non trois ou quatre guerres de gang. Mon clan d’Asakusa contre un clan de Shinjuku. Comme 30 % des Yakuza, Magomi Hashimoto est un Zainichi, un résident coréen du Japon. Autrefois membre de l’inagawakai, il a aujourd’hui quitté l’organisation pour s’engager dans la défense des coréens japonais encore victime de discrimination pour faire avancer la carrière du boss que j’adorais et aussi pour ma propre carrière qui était liée à la sienne, j’ai fait beaucoup de choses que l’on pourrait qualifié de crime. J’avais de belles voitures, de belles montres, un portefeuille épais et aucun problème d’argent. J’ai adoré cette époque. Quand la violence et la peur que vous inspirez vous font gagner de l’argent, qu’elles font de vous quelqu’un d’important ? Les résultats sont très rapides, vous savez. Quand j’avais 25 ans, alors que j’étais Yakuza à à Sakusa, mes petits frères les chat sous mon commandement prenaient de la métamphétamine. Il poignardait les gens inutilement et faisait d’autres choses déplorables. Ce qu’il faisait aurait pu embarrasser mon boss que je vénérais plus que tout. Comme j’étais responsable de leur comportement, quand un de mes petits frères a poignardé des gens après s’être drogué, j’ai volontairement payé pour ses fautes en meant le doigt. C’est arrivé deux fois. Se couper le petit doigt, c’est quand on a fauté, par exemple en prenant de la métamphétamine, ce qui est strictement interdit. C’est cette partie du petit doigt en dessous de l’ongle que vous devez sectionner. C’est une épreuve pour montrer sa force et surtout pour montrer qu’on veut se repentir. Moi, vous voyez, je n’ai jamais fauté donc tout est là. Il y a deux sortes de yubitsumé dans le monde des yakuza. Le premier, c’est celui où vous vous coupez le doigt pour protéger quelqu’un d’autre. Un exemple, votre sous-fifre a laissé traîner la liste de tous les gens à qui vous extorquez de l’argent. La police met la main dessus et arrête votre homme. Techniquement, c’est sa faute. Il pourrait se faire virer de l’organisation. Vous pouvez alors vous interposer et dire “C’est ma faute. J’aurais dû être plus prudent à son égard. S’il vous plaît, ne l’excluez pas de l’organisation. Dans ce cas, vous sacrifiez votre auriculaire pour le protéger, pour vous assurer que ces dettes seront effacées et qu’il est autorisé à rester dans l’organisation. Cela s’appelle un ikiubi, ce qui signifie doigt vivant. C’est un geste d’une grande noblesse. Maintenant, si vous avez merdé, si vous avez des dettes que vous ne pouvez pas payer, si vous avez éternué sur le patron lors d’une cérémonie de succession, si vous avez volé de l’argent à l’organisation que vous vous faites prendre et que vous ne voulez pas être obligé de partir, alors vous offrez un doigt en compensation. Ça s’appelle un shiniubi, un doigt mort. Vous savez, c’est peut-être une légende urbaine, même chez les Yakuzas. Mais si vous baisez la femme du patron et qu’il ne vous tue pas, ils vous couperont le pouce. Ce qui en japonais s’appelle Oayubi, le doigt du père. Perdre son pouce, c’est le prix à payer quand vous touchez à la femme du patron ou à sa maîtresse si toutefois vous ne perdez pas votre vie. Mais c temps-ci, c’est généralement déconseillé parce que comme l’a dit un célèbre boss yakuza, un doigt coupé ne devient pas de l’argent. Cette tradition est donc en train de disparaître tout comme les tatouages traditionnels car il vous identifie clairement comme Yakuza ce qui n’est pas bon pour les affaires. Un jour un yakuza qui avait mal géré une situation s’est rendu à la police. Il venait de sacrifier l’auriculaire de sa femme pour se faire pardonner une faute. On a conseillé à sa femme de porter plainte parce qu’un yakuza qui se coupe un doigt, ce n’est pas pareil que couper celui d’une personne qui n’a rien à voir. Elle a refusé en disant qu’après tout, c’était son mari. Vous vous rendez compte ? Ce type coupe le doigt de sa femme et elle trouve ça normal. C’est dire à quel point elle est femme de Yakuza. Ceux qui payent les conséquences de leur crimes sont des gens ordinaires. Ce sont surtout les civils qui souffrent à cause des Yakuza. Quand le Yamaguchigumi s’est divisé et qu’il y a eu une guerre entre gang, il a fallu faire des lois spécifiques contre les Yakuza. C’est vrai que les civils ont souffert à cause des guerres de gang. Les yakuza n’avaient aucune intention de tuer des civils, mais il y a eu des balles perdues. C’est pour cela que des lois ont été adoptées pour se débarrasser des yakuzas. À la fin des années 80, alors que se poursuivent les règlements de compte entre gang, c’est une toute autre guerre qui se prépare dans l’ombre. Passe en outre un pouvoir politique corrompu freine toute tentative de répression contre le crime organisé. La police du Japon décidera bientôt de prendre le problème à bras le corps. qui jusqu’alors considérait les yakuzas comme un mal nécessaire leur assènera les coups les plus dur. Ah.

Documentaire disponible en rediffusion jusqu’au 05/05/2026

À partir de témoignages exclusifs de plusieurs d’entre eux, d’éclairages et d’archives, une fascinante immersion au coeur du monde ritualisé des yakuzas, mafieux légendaires aujourd’hui sur le déclin. 

Si le temps des yakuzas semble révolu depuis les lois des années 2010 contre le crime organisé, ces groupes mafieux japonais perdurent. Apparus à la fin du VIIIe siècle, quand l’empire recourt à des marginaux pour encadrer les jeux de dés et d’argent, les yakuzas (le terme signifie “8-9-3”, une main perdante), issus des couches pauvres les plus discriminées du pays, trouvent dans les gangs un moyen de s’élever socialement. Régi par un code d’honneur, le Ninkyôdô (“la voie chevaleresque”), qui se transmet de génération en génération, leur monde est très ritualisé. Charismatique mafieux à l’allure débonnaire, Takeshi Ichiyama, qui règne sur le territoire de Kochi, montre non sans fierté son dos recouvert d’un immense tatouage, marque de loyauté à son clan. Chef à Asakusa, un quartier populaire de Tokyo, Akira Asakura, lui, se souvient avec émotion du sakazuki, le partage solennel de la coupe de saké qui a symbolisé l’allégeance à son oyabun (parrain). Traditionnellement, les yakuzas proscrivent le vol ordinaire ou à main armée et les agressions sexuelles. Ils tirent leurs revenus de divers trafics – dont celui de la drogue, pourtant interdit par leur code – ainsi que de la collecte de “taxes de protection” prélevées sur les restaurants, les casinos ou les bars à hôtesses, notamment à Kabukichô, le quartier rouge de la capitale. Présente sur tout le territoire nippon, cette mafia compte vingt-trois organisations – avec une myriade de clans et de groupes affiliés –, dont la plus importante, le Yamaguchi-gumi, a été fondée à Kobe en 1915. Longtemps acceptée par la société et les autorités comme un mal nécessaire contre la violence qu’elle prétendait contenir, cette pègre a pourtant perdu de son crédit au cours des dernières décennies en ensanglantant le pays par des guerres fratricides.

Monde vacillant

Nourrie d’archives et de saisissants témoignages, cette enquête chronique un monde crépusculaire. Hier acceptés et respectés, les yakuzas, gangsters légendaires qui ont enflammé les imaginaires et dont les films de Takeshi Kitano ont si justement restitué l’univers, sont aujourd’hui sur le déclin. Face à la caméra de Michaël Prazan, plusieurs d’entre eux, actifs ou repentis, se confient, la plupart à visage découvert, avec sincérité et une dignité de seigneurs déchus. Bravant la répression policière et les interdictions qui pèsent sur leurs prises de parole, ils racontent leur mode de vie clanique et plaident leur cause, défendant leurs valeurs et leurs traditions. Plongé au cœur de ce monde vacillant, le film retrace aussi en filigrane, à travers l’omniprésence de ces mafieux dans des secteurs clés de l’économie nipponne et leurs accointances avec les sphères politiques, l’histoire récente d’un Japon gangrené par la corruption. Auteur du best-seller Tokyo Vice, le journaliste américain Jake Adelstein, qui a longuement travaillé sur le crime organisé pour l’un des plus grands quotidiens du pays, détaille savamment les étapes qui ont mené les yakuzas au bord du gouffre, alors que deux membres des hangure, leurs successeurs, concluent le film avec la désinvolture et l’arrogance de nouveaux conquérants. Pourtant, si l’avenir des anciens paraît aujourd’hui compromis, certains, comme Takeshi Ichiyama, qui a donné toute sa vie à l’organisation, ne désarment pas et veulent encore y croire.

YAKUZA
Documentaire de Michaël Prazan (France, 2023, 52mn)

#yakuza #japon #documentaire #mafia

Abonnez-vous à la chaîne ARTE https://www.youtube.com/channel/UCwI-JbGNsojunnHbFAc0M4Q/?sub_confirmation=1

Suivez-nous sur les réseaux !
Facebook : http://www.facebook.com/artetv
Twitter : http://www.twitter.com/artefr
Instagram : https://www.instagram.com/artefr

27 Comments

  1. Le nombre de contradiction dans leurs propos est quand même sidérant. On protège les pauvres, faible, ext.. Les femmes qui se prostituent et qu'ils exploitent apparemment les enfants aussi… C'est ça qu'ils entendent par aider?
    L'autre qui se vente d'avoir été formé par un instructeur d'un pays étranger très secret.. Désolé mais elle est pas mal celle là..😂 A part les USA qui possède des bases au Japon? Enfin bref..😅

  2. Reportage complètement nul et aux antipodes de la réalité.
    Il faut arrêter de fantasmer sur ces délinquants.
    Pour les côtoyer je peux vous assurer que ce ne sont que des voyous comme les autres.
    PS: Tokyo Vice n'est qu'un torchon et le "journaliste" américain est la risée de tout le monde ici.

  3. Arte et leur timming parfait , moi qui me relance dans la série Yakuza , avec la sortie sur pc et switch des remake, je vous conseil à tous de jouer à c’est jeux immense

  4. Le chef yakuza qui révèle avoir été formé par l’intelligence militaire d’un autre pays. Probablement les américains. Voilà comment avoir des espions à des postes de pouvoir dans un pays étranger.