LE JAPON EST AU BORD DE LA FAILLITE (voici pourquoi)

L’histoire économique moderne n’a jamais offert un spectacle aussi fascinant et terrifiant que celui se déroulant actuellement au Japon. Autrefois modèle de résilience industrielle et de stabilité financière, l’archipel nipon est aujourd’hui à l’épicentre d’une tempête financière parfaite. Le yen jadis considéré comme une valeur refuge absolue s’est effondrée en 2024 pour atteindre des planchers historiques d’environ 161 yen pour un dollar début juillet de cette année-là. En parallèle, la dette publique japonaise a enflé à des niveaux vertigineux plus de 250 % du PIB un record mondial parmi les pays développés. Ces deux symboles, monnaie en chute libre et endettement colossal révèlent les failles béantes d’un modèle économique arrivé à bout de son endurance. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la chute du yen n’est pas un simple aléa de marché ou un ajustement cyclique. Elle est le reflet d’un décalage tectonique entre deux réalités. D’un côté, l’économie mondiale poste 2020 marquée par le retour de l’inflation et la remontée des taux d’intérêt avec la réserve fédérale américaine et la BCE qui elles ont relevé leur taux directeur au-dessus de 5 % en 2023 pour juiller la hausse des prix et de l’autre la réalité japonaise engluée depuis des années dans une trappe à liquidité. Le Japon était jusqu’à récemment la dernière grande économie à maintenir artificiellement les taux proches de zéro perpétuant l’air de l’argent gratuit alors que le reste du monde resserrait sa politique monétaire. Cette divergence, elle a fait que le yen est la proie idéale des spéculateurs et a ouvert une brèche béante dans laquelle s’est engouffré une stratégie financière risqué, le yen carry trade. On va expliquer dans la vidéo qu’est-ce que c’est. En même temps, un yen affaibli a importé de l’inflation. En renchérissant les coûts des produits de base et de l’énergie des ménages japonais, le Japon se retrouve face à un dilemme du coup qui est plutôt insoluble. Relever les taux d’intérêt pour stopper l’hémorragie du yen au risque de faire exploser le coût de sa dette publique ou bien continuer de financer l’État à Toba au prix d’une spirale de dévaluation monétaire potentiellement incontrôlable. Dans cette vidéo, on va disséquer la mécanique de cette crise existentielle en plusieurs étages afin de vous aider à comprendre. Accrochez-vous car le Japon est en train de nous montrer en temps réel comment meurt une devise majeure. C’est un laboratoire grandeur nature des limite de la politique monétaire non conventionnelle et le canarie dans la mine pour les autres nations lourdement endettées. Pour comprendre la violence de la crise actuelle, il faut remonter aux origines de l’addiction japonaise à la liquidité facile. Le Japon, c’est pas un acteur comme les autres sur la scène monétaire. C’est le laboratoire où ont été testées bien des politiques non conventionnelles qui ont ensuite été adoptées ailleurs. La Banque centrale du Japon qu’on va appeler BOJ dans cette vidéo pour Bank of Japan, a souvent eu 10 ans d’avance ou de retard, c’est selon sur la réserve fédérale et la BCE dans l’usage d’outil monétaire novateur. Au début des années 90, l’éclatement de la bulle spéculative japonaise sur l’immobilier et la bourse a laissé le pays en déflation chronique. Les banques croulaient sous les créances douteuses. Les entreprises n’investissaient plus, les prix baissaient. un scénario de décennies perdu. Face à l’impuissance des remèdes traditionnels, la BOJ a tenté quelque chose de radical en février 1999. Elle inaugure le Zéo Interest rate policy, c’est-à-dire un taux directeur ramené à 0 %. L’idée était simple sur le papier, rendre l’argent gratuit afin d’inciter les banques à prêter et les entreprises à emprunter pour investir. Malheureusement, le Japon s’est retrouvé piégé dans une trappe à liquidité. Même avec de l’argent quasi gratuit, il n’y avait pas assez de demande de crédible dans l’économie réelle. Les agents économiques préféraient tésoriser ou rembourser leur dettes plutôt que de prendre de nouveaux risques. La BOJ ne s’est pas arrêtée là. Dès 2001, elle a été la première banque centrale au monde à pratiquer ce qu’on appellera plus tard le quantitative easing. Le quantitative easing, c’est le rachat massif d’obligation d’état pour inonder le système bancaire de liquidité, ce qui devait être une mesure d’urgence temporaire est peu à peu devenu le mode de fonctionnement par défaut de l’économie japonaise durant les années 2000. Je vous fais un petit flash forward en 2013. Shinzo Abé revient au pouvoir fin 2012 avec la promesse de sortir enfin de la déflation. Il nomme à la tête de la BOJ un homme acquis à sa vision qui s’appelle Aruiko Kuroda. C’est le début des abédomic. Une stratégie en trois flèches. Relance budgétaire, assouplissement monétaire, réforme structurelle. Sur le plan monétaire, Kuroda va tirer un véritable bazooka. La BOJ lance le QQE, le quantitative and qualitative easing en 2013 qui est une forme hypertrophiée du quantitative easing. La base monétaire est doublée en l’espace de 2 ans. La BOJ fait tourner la planche à billet pour acheter des actifs. Il y a un achat massif d’obligation d’état qui s’appelle les JGB. à tel point que la BOJ absorbe l’équivalent de 80 % des nouvelles émissions de dette à certaines périodes. Et enfin, fait unique parmi les banques centrales, la BOJ commence aussi à acheter des ETF action et des bars de fonds immobiliers soutenant directement la bourse de Tokyo. L’objectif affiché était de provoquer 2 % d’inflation en 2 ans après des années de baisse des prix. Sur certains plans, Curoda a obtenu ce qu’il voulait. Le yen s’est nettement déprécié dès 2013-2014, ce qui a dopé les profits des entreprises exportatrices et fait grimper la bourse japonaise l’indice nickel. Cependant, la fameuse spirale vertueuse avec une hausse des prix et des salaires reprise auto-entretenue de la demande n’a jamais vraiment eu lieu. L’inflation peinait à atteindre la cible et surtout l’économie restait molle. En coulisse, l’État japonais s’habituait dangereusement à emprunter à taux zéro pour financer ses déficits, rendant la sortie de cette politique de plus en plus difficile. Début 2016, devant l’échec relatif du QE à adopté l’inflation, la BOJ tente le tout pour le tout et tombe dans une dernière escalade. Elle introduit pour la première fois des taux d’intérêt négatifs qu’on va appeler NIRP. Concrètement, début janvier 2016, les banques japonaises payent 0,1 % au lieu de gagner des intérêts sur une partie de leur réserve déposée à la banque centrale. L’annonce a choqué les marchés à l’époque car c’était inédit pour une grande économie. Mais là encore, les résultats sur les crédits ont été décevants. Cela a surtout écrasé la profitabilité des banques sans pour autant relancer franchement les prêts à l’économie. Quelques mois plus tard, en septembre 2016, la BOJ ajoute l’outil qui est aujourd’hui au cœur de la crise du yen, le yield curve control ou contrôle de la courbe des taux. Le yield curve control, c’est une politique ultra ciblée sur les taux d’intérêt à long terme. Voici comment ça fonctionne. La BOJ s’est engagée à maintenir les taux d’intérêt et obligation d’état japonais à 10 ans autour de 0 %. Le taux court qui est le taux directeur reste fixé à -01 % mais la banque centrale intervient directement sur le marché obligataire pour forcer le taux à 10 ans à rester proche de zéro. Si le marché obligataire teste la BOJ en demandant des taux plus élevés, [musique] ce qui fait baisser le prix des obligations, la BOJ répond en achetant autant d’obligations qu’il faudra pour ramener le taux à la cible. Elle a en pratique promis d’être acheteur illimité à un certain niveau de taux. Pendant des années, cette politique a littéralement tué le marché obligataire japonais. La BOJ est devenue l’acheteur en dernier ressort. Elle détient aujourd’hui environ 50 % de l’encours totale des JGB, ce qui signifie que la moitié de la dette publique est entre les mains de sa banque centrale. Les échanges de JGB sur le marché sont anémiques car les investisseurs savent que les prix sont artificiellement soutenus. Pour stabiliser la situation, la BOJ a tout de même dû ajuster au fil du temps le plafond de ce YCC. Au début, elle tolérait que le 10 fluctue dans une bande de plus ou moins 01 % autour de 0. Puis cette marge a été élargie à plus ou moins 0,25 puis à plus ou moins 0,5. Finalement, en 2023, la BOJ a établi un plafond semi-officiel vers 1 % de rendement pour le 10. Au-delà, elle intervient systématiquement. Cela signifie qu’en 2022-2023, alors que partout ailleurs, les taux à 10 ans montaient à 3 4 % voire 5 %, le Japon maintenait son 10 ans autour de 0,5 % maximum. C’est cette divergence extrême de politique monétaire qui a mis le feu au poudre du côté du yen. L’effondrement du yen à partir de 2022 n’est pas un accident isolé mais bien le produit mécanique de la divergence des taux d’intérêt entre le Japon et les restes du monde. Voyons comment les forces en présence se sont alimentées les unes les autres. Dès 2022, la réserve fédérale américaine entame son cycle de resserrement le plus agressif depuis 40 ans. Ces taux directeurs passent de 0 début 2022 à plus de 5 % 2023 pour contrer l’inflation post Covid. La Banque centrale européenne suit une trajectoire similaire. Pendant ce temps, la BOJ reste bloquée à 0,1 % sur le court terme et 0,5 % sur le long terme. Le différentiel de taux d’intérêt entre un pont du trésor américain à 10 ans et son équivalent japonais atteint des profondeurs habissales, plus de 4 points de pourcentage. Autrement dit, pour un investisseur en 2023, détenir des yennes coûtent très cher en manque à gagner. Mieux vaut emprunter des yennes à 0 % et les placer en dollars à 5 %. Conséquence directe, les capitaux fuent le Japon. Les investisseurs vendent massivement du yen pour acheter du dollar, de l’euro ou n’importe quelle devise offrant un rendement positif. Cette pression vendeuse quasi constante sur le yen a été un facteur majeur de sa chute. Un yen bon marché était devenu le sous-produit inévitable de la politique de la BOJI. Le deuxième étage de la fusée qui a propulsé le yen vers le fond, c’est le fameux y carry trade. Ce terme barbare désigne une stratégie financière très répandue qu’on peut expliquer simplement. Le carry trade consiste à emprunter dans une monnaie qui coûte peu cher avec un faible taux d’intérêt pour investir dans une monnaie et des actifs qui rapportent davantage. Dans notre areutre cas, emprunter des yen zéro et les convertir en dollars pesos mexicain, dollars néozélandais et cetera, afin d’acheter des obligations ou d’autres placements offrant un taux d’intérêt élevé. Après un certain temps, l’investisseur revend ses actifs en devise étrangères reconvertis en yenne idéalement à un taux de change qui lui est favorable et rembourse son empreint initiale en dégageant un profit. C’est une stratégie lucrative tant que la devise de financement le yen, ne s’apprécie pas fortement pendant l’opération. Or, durant les années 2020 2023, le yen était la devise de financement préférée dans le monde. Emprint en yen coûtait quasiment 0 % et tout gain de change venait encore améliorer le rendement. Des hedge fund de petites entreprises japonaises, tout le monde s’y est mis. Voici le cercle vicieux qui s’est clairement installé avec la monnaie japonaise. En empruntant des yens et en les vendant sur le marché, les spéculateurs font baisser le yen. Plus le yen baisse, plus rembourser l’emprunt sera facile. Il faudra moins de dollars pour racheter des y empruntés, ce qui augmente la rentabilité anticipée du carry trade. Et enfin, cette rentabilité élevée attire encore plus d’acteurs qui empruntent et vendent du yen amplifiant la baisse de la devise. On estime qu’en 2023-2024, le volume total des positions de carry trade financé en yenne se chiffrait en centaines de milliards de dollars à l’échelle. mondial, c’est colossal. Une véritable épée de damoclè suspendue au-dessus des marchés d’échange. Cela explique pourquoi, malgré des fondamentaux économiques parfois plus favorables, le yen n’arrivait pas à remonter. Il était utilisé massivement, non pas comme monnaie d’investissement, mais comme monnaie d’emprunt. En quelque sorte, le yen était devenu le bancomat du monde financier, distribuant des liquidités à Bakou pour financer des paris ailleurs sur la planète. Un château de cartes peut tenir longtemps jusqu’au moment où un facteur déclencheur précipite la chute. Pour le Yen Carry Trade, ce moment de vérité est survenu début août 2024. C’est ce qu’on a appelé le grand Undwind, des bouclements, des positions avec un mini craque mondial à la clé. Le déclencheur, c’est le 31 juillet 2024. La BOJ surprend tout le monde en relevant légèrement son taux directeur autour de + 0,5 % et en suggérant qu’elle pourrait réduire ses achats d’obligation. C’est le premier vrai signe de resserrement. monétaire au Japon depuis des années. Presque simultanément, aux États-Unis, des statistiques économiques montrent un marché du travail plus faible que prévu, faisant craindre un ralentissement économique et entraînant une baisse des taux américains. Les investisseurs anticipent alors des baisses futures des taux par la Fed. En quelques jours, le différentiel de taux US Japon se réduit un petit peu. Après le déclencheur du grand Unwind, on a la réaction en chaîne. En l’espace de quelques séances, il passe de près de 160 pour un dollar à environ 143, gagnant plus de 10 % de valeur. Pour les traders engagés dans le carry trade, c’est la catastrophe. Ils sont emprunteurs de yen qu’il faut maintenant rembourser en monnaie plus chè et placés sur des actifs risqués qui du coup se mett à chuter. Confronté à des appels de marge, ces investisseurs doivent dégonfler en urgence leur position spéculative. Comment obtient-on des yennes en urgence pour rembourser son emprunt ? En vendant tout ce qu’on peut, des actions américaines, des obligations, de l’or, des cryptos. On a assisté à une liquidation générale des positions risquées pour rassembler des yennes et couper les pertes. Le résultat a été un véritable coup de tonner sur les marchés. Le 5 août 2024, l’indice NCK 225 à Tokyo plonge de 12,4 % en une seule séance. Sa pire chute depuis le lundi noir 87. Des valeurs phares comme Softsbank ou des grandes banques japonaises dévisent de – 15 à – 20 %. À Wall Street, on assiste aussi à un mini crack sur quelques jours début août 2024 avec le S&P 500 et surtout les valeurs technologiques en forte baisse précisément parce que beaucoup de ces positions étaient financées par le yen bon marché. Cet épisode a clairement servi de leçon. Il a prouvé que la normalisation de la politique monétaire japonaise n’est pas qu’une affaire domestique mais un risque systémique global. Le Japon via le yen était devenu un maillon critique du grand jeu d’arbitrage financier mondial. Touché à ce maillon a fait vaciller la chaîne toute entière. Face à l’un des dégringolade du yen en 2022-2024, les autorités japonaises n’ont pas été passives. Il faut savoir que la gestion du taux de change est au Japon du ressort du ministère des finances. La BOJ, elle agit comme bras armé si on lui ordonne d’intervenir. Mais la décision vient du gouvernement. À plusieurs reprises, Tokyo est donc intervenu directement sur le marché d’échange pour soutenir le yen, ce qui ne s’était pas produit depuis des années 90. Voyons les épisodes majeurs. En septembre octobre 2022, première intervention d’achat de yen depuis 1998. Le ministère des finances dépense un total de plus de 9000 milliards de yennes, soit environ 60 milliards de dollars en l’espace de quelques jours pour défendre le seuil 145 yen pour un dollar puis 150 yen pour un dollar. En clair, ils ont vendu des réserves de dollars pour acheter massivement des yes sur le marché afin de faire remonter la devise nipon. En avril-ma 2024, alors que le yen menaçait de dépasser 160 yen pour 1 dollar, un plus bas depuis 34 ans, le ministère récidive. Sur le seul mois d’avril mai 2024, 9,79 trillions de yennes, près de 62 milliards de dollars, ont été injectés pour soutenir la monnaie. Le 29 avril 2024, le jour où lien a touché 160,245, la Banque du Japon sur ordre du ministère aurait vendu à elle seule 5,9 trillions de yennes de réserve en quelques heures. Un record historique pour une seule journée. Ces interventions spectaculaires ont eu un impact mais temporaire. À chaque fois, le yen a repris un peu de vigueur pendant quelques jours, voire quelques semaines, cassant la dynamique spéculative à court terme. Par exemple, après l’intervention de fin octobre 2022, plus de 5000 milliards de yennés en secret, le yen était repassé de 151 à 146 par dollar. Mais très vite, la tendance de fond a repris le dessus. La raison est simple. Tant que la cause profonde, soit le différentiel de taux restait inchangé, le marché était tenté de revenir à la charge. Pour les campistes, ces intervention étaient des opportunités de vendre le yen un peu plus cher avant qu’il ne replonge. En somme, le gouvernement japonais achetait du temps mais à un coût élevé et ça en puisant dans ses réserves de change. Les analystes avaient une formule : une intervention peut ralentir la chute de Vienne mais ne peut pas renverser la marée sans un changement de politique monétaire. Et de fait, le ministère des finances s’est retrouvé à courir après le marché, engagé dans un combat d’arrière-garde. Devant l’accumulation des déséquilibres, la Banque du Japon a finalement annoncé un virage historique. En mars 2024, sous la nouvelle gouvernance de Kazuo Ueda, elle a mis fin officiellement au taux négatif et au stricte contrôle de la courbe des taux. On est donc entré dans une phase de normalisation de la politique monétaire japonaise après des décennies d’assouplissement ininterrompus. Cependant, cette normalisation survient très tardivement à un moment où l’économie japonaise est minée par des fragilités structurelles profondes. Ces faiblesses limite drastiquement la marge de manœuvre de la BOJ et crée des nouveaux risques. L’ironie du sort, bah c’est que le Japon a fini par obtenir l’inflation qu’il recherchait depuis 30 ans, mais pas pour de bonnes raisons. Au lieu d’une inflation tirée par la demande domestique des hausses de salaires liées à la productivité, le Japon subit une inflation importée et subie. La chute du yen a renchéri le prix de toutes les importations essentielles. En 2023-2024, la facture énergétique du Japon qui est très dépendante des hydrocarbures importés a explosé tout comme le coût des denrées alimentaires importé. L’indice des prix à la consommation corps, soit hors produit frais, s’est installé au-dessus de la cible des 2 % de la BOJ et y est resté. Pour la population, ça s’est traduit par une érion du pouvoir d’achat. Évidemment, certes, en 2024, il y a une négociation salariale, le fameux Shunto, très dynamique. Les grands groupes ont accordé des hausses de salaires dominales de 5,2 % en moyenne, ce qui était jamais vu en 30 ans. Mais dans le même temps, l’inflation tournant autour des 3 %, les salaires réels corrigés de l’inflation ont continué de stagner, voire de baisser sur la plus grande partie de l’année. Et c’est qu’en fin 2024 qu’on commence à voir une légère amélioration du salaire moyen. Et encore, pour la BOJ, l’inflation, c’est donc plus une cible à atteindre, c’est devenu une contrainte. Elle se retrouve dans un dilemme cruel. Soit il remonte pas les taux pour soutenir la reprise économique et éviter des faillites en série, mais ça signifie accepter un yen faible, donc continuer à importer de l’inflation et faire souffrir les ménages, ou alors monter les taux pour juguler l’inflation importée et défendre le yen. Mais bah ça risque de casser la reprise fragile de la consommation et d’aggraver drastiquement la charge de la dette publique. On y reviendra. C’est la quadrature du cercle. Fin 2025, on est dans une situation où la BOJ a timidement relevé son taux court autour de + 0,25 à + 05 et le 10 ans gravite entre 1 et 1,5 mais l’inflation de base reste supérieure à 2 %. La politique monétaire est en retard d’un cycle. La BOJ est censée combattre l’inflation mais ne peut pas le faire vigoureusement sans provoquer d’autres dégâts collatéraux. Un des effets pervers des trois décennies des taux d’intérêt artificiellement bas, bah c’est la prolifération des entreprises zombies dans le tissu économique japonais. On appelle zombie une entreprise qui survit uniquement grâce à la dette bon marché. Elle est incapable de couvrir le service de la dette par ses bénéfices d’exploitation sur une période prolongé. En clair, l’entreprise, elle vit par les perfusions de crédit et serait insolvable dans un environnement normalisé. Au Japon, la longue des taux quasi nuls a permis à des milliers d’entreprises non rentables de continuer à exister alors qu’en d’autres temps, elles auraient fait faillite. Selon une étude du Tokyo Chococheurch, environ 14 % des entreprises côté pourraient être classées comme zombies. Dans certains secteurs traditionnels, la construction, transport routiers, hôtellerie, ce pourcentage est encore plus élevé. Par exemple, l’agence de voyage HIS, bien connu au Japon, est lourdement endetté, soit plus de 30 milliards de yenn au bilan et peine à rembourser malgré la reprise du tourisme. C’est un cas typique d’entreprise fragile qui n’a survécu à la pandémie que grâce à des prêts de sauvetage à taux zéro. Le problème, c’est que bah si la BOJ augmente les taux, même modérément, disons 0,5 à 1 % de taux directeur, une vague de ces zombies risque d’être emporté. Déjà, on observe une hausse des faillites entre avril et septembre 2024. Plus de 5000 entreprises ont déjà fait faillite au Japon, ce qui a un record sur une décennie. C’est en partie l’effet de la fin des années Covid et du début du resserrement monétaire. Les économistes anticipent que c’est la partie émergée de l’iceberg. Les banques, notamment les banques régionales très exposées localement commencent clairement à s’inquiéter. Si leurs clients zombie cool, elles devront faire passer les créances par perte et profit. C’est un facteur qui retient la BOJ dans son envie de normaliser forcément puisque aller trop vite ça serait risqué un choc social. avec un bah potentiellement un chômage en hausse, des fermetures d’entreprises en série et possiblement une instabilité financière si certaines banques vacillent. On voit ici comment les choix passés, donc maintenir en vie des canards boitux pendant 20 ans rendent la sortie de politique encore plus complexe. Le Japon doit choisir donc entre la peste, soit laisser les zombies vivre auprès d’une productivité stagnante et le choléra les éliminer auprès d’une récession à court terme. Un autre élément crucial qui rentre dans cette crise et qui est quand même assez important, bah c’est la démographie du Japon qui est ultra âgée. Près 30 % des Japonais ont plus de 65 ans, ce qui est un record mondial, hein. On parle de super aged society. La structure de population a deux conséquences majeures sur l’économie et la politique qu’on qualifie parfois de silver démocratie, soit démocratie des cheveux gris. Le vote des seniors pèse très lourd et leurs préférences peuvent diverger de celle de la population plus jeune. Concrètement, les seigneurs japonais, souvent rentiers ou retraités, ont une aversion à l’inflation très forte car leur revenu est fixe, les pensions et leur épargne est élevée. Après 20 ans de déflation, beaucoup de ménages âgés voient la récente augmentation des prix comme une calamité. Cela crée une pression politique pour des mesures de protection du pouvoir d’achat. On l’a vu en 2022-2023, le gouvernement Kishida a multiplié les subventions et les chèqus pour compenser la hausse des prix de l’énergie, a demandé aux compagnies d’électricité de geler les tarifs et cetera. Toutes ces mesures populistes creusent davantage le déficit budgétaire. On subventionne avec de l’argent emprunté mais sont forcément politiquement populaires auprès de l’électorat âgé. Par ailleurs, les personnes de plus de 60 ans détiennent la majeure partie de la richesse financière du pays. Environ 70 % des 2000 trillions de yennes d’actifs financiers, des ménages sont entre les mains des sexagénè et plus. Cela signifie que la BOJ doit faire très attention aux effets de richesse négatif. Si elle provoque un craque obligataire ou boursier en resserrant trop fort sa politique, c’est l’épargne de toute une génération qui en prend un coup avec un impact direct sur la consommation et la stabilité sociale. En d’autres termes, il y a une pression implicite pour maintenir les taux bas et les marchés stables afin de ne pas laiser les retraiter. Et cette pression se reflète clairement dans le discours politique. On parle moins de réforme douloureuse et plus de protéger la vie des gens. Enfin, la démographie pèse aussi sur la dynamique inflationniste par un autre canal, la pénurie de main d’œuvre. Avec une population active qui diminue, les entreprises peinent à recruter, ce qui tend à faire monter les salaires. En ce moment, on voit des hausses salariales dans certains secteurs, ce qui pourrait être salutaire pour sortir de la déflation, mais combiné à la faible productivité de nombre de PME zombies, cela peut enclencher une spirale prix salaire néfaste. Les coûts augmentent, donc les prix augmentent, donc il faut à nouveau augmenter les salaires et cetera. En résumé, la structure démographique japonaise, elle freine les solutions. Elle pousse à la dépense publique avec des exigences sociales élevées. Elle rend difficile les hausses de taux et toute austérité économique et alimente des tensions inflationnistes d’un côté tout en encourageant la déflation de l’autre. Un castet de plus pour les décideurs nippons. Parlons maintenant de la dette publique, sans doute le nœud gordien de l’histoire. Les traders appellent depuis longtemps le paris contre les obligations japonaises le Widow Maker, soit faiseur de veuve. Parce que tous ceux qui ont pareillé sur une explosion de la dette japonaise ont perdu de l’argent jusqu’ici. Mais aujourd’hui, les chiffres sont tels que même les plus optimistes commencent à douter de la viabilité à long terme des finances du Japon. Le Japon affiche tout simplement la dette publique la plus élevée du monde développée en pourcentage de son PIB. Pour donner quelques ordres de grandeur, la dette brute sur PIB, c’est autour de 250 %. Les estimations varient entre 240 et 260 selon qu’on inclut certains passifs mais on est dans ces ea là. À titre de comparaison, c’est environ deux fois et demi au ratio des États-Unis et de la France. Aucun autre grand pays n’est proche de ce niveau. L’encours total de la dette publique japonaise soit 1,324 quadrillion en mars 2025, ce qui équivaut à environ 8500 milliards de dollars au taux de change actuel. C’est quasiment la taille du PIB allemand et français combiné, juste en dette accumulée par un seul pays sur 125 millions d’habitants. Et comme on l’a mentionné, la BOJ en détient près de la moitié. Le reste est détenu majoritairement par des investisseurs japonais, des banques, des fonds de pension, des assureurs. Heureusement car l’exposition au créanciers étrangers est limitée. Environ 7 % seulement sont détenus par les non résidents. Cela a longtemps été un facteur de stabilité. On disait clairement, “Le Japon ne peut pas faire défaut, il doit l’argent à lui-même.” Ces chiffres donnent clairement le vertige. Tant que les taux d’intérêt sont à zéro, paradoxalement, cette montagne de la dette ne coûte presque rien en service annuel. Le Japon a pu s’endetter ainsi sans crise, car ces taux ont été nuls ou négatifs pendant des décennies. Mais ça c’était avant. Maintenant que l’inflation est là et que la BOJ laisse remonter un peu les taux, la machine s’emballe. Le ministère des finances japonais publie chaque année des scénarios de simulation de la charge de la dette en fonction des divers taux d’intérêts. Les dernières projections font clairement froid dans le dos. Grosso modo plus un point de pourcentage sur les taux, c’est rapidement plusieurs milliers de milliards de yennes de charge en plus pour l’État. Une estimation du ministère des finances disait qu’une hausse de + 1 % des taux moyens ajouterait environ 3,7 trillions de yen de frais d’intérêt cumulé sur 3 ans. D’autres calculs, par exemple ceux du FMI montrent qu’à terme si les taux d’intérêt japonais se normalisent autour des 2 %, le service de la dette pourrait absorber 25 % ou plus du budget de l’État, ce qui est clairement insoutenable car le Japon a déjà des dépenses sociales énormes à financer. On peut résumer ainsi. Le Japon a atteint la vitesse de satellisation en terme de dette. Autrement dit, il est coincé à ta zéro sous peine de voir sa charge exploser en orbite. Actuellement, même avec des taux quasi nuls, l’État japonais consacre environ 23 trillions de yennes par an au service de la dette. Intérêt plus remboursement. C’est déjà plus de 20 % de son budget général. Si le taux montait, ne serait-ce que 1,5 ou 2 % en plus, on rentrerait dans une spirale où le gouvernement devrait emprunter toujours plus rien que pour payer les intérêts de la dette existante, la définition même d’une dynamique explosive. Il y a un seuil critique auquel les investisseurs commencent à penser. Si les GJB, soit les bons du trésor japonais à 10 ans, dépassent 2 %, cela signifierait que le marché n’a plus confiance dans la soutenabilité de la dette sans monétisation massive. Fin 2025, on en est pas là. Le 10 évolue autour de 1,8 %. Mais les obligations à plus long terme, 20 ans ou 30 ans, elles ont grimpé nettement au-dessus de 2 %. Le 30 ans flirtait avec 3, % en novembre 2025, ce qui est clairement un record depuis 1997. C’est un signal d’alarme. Les investisseurs de long terme commencent à exiger une prime de risque élevée pour prêter au Japon sur de longues maturité. Si jamais la BOJ perdait le contrôle de la courbe des taux et que les rendements s’envolaient au-delà de ses niveaux, le Japon serait en quelque sorte face à l’équivalent financier d’un mur du son, une zone dangereuse où tout peut se disloquer. Soit la BOJ interviendrait encore plus massivement au risque d’hyperinflation si elle monétise toute sa dette, soit l’État serait contraint de restructurer la dette, ce qui est impensable politiquement pour l’instant. soit plus réaliste, le gouvernement ferait marche arrière sur toute tentative de normalisation et supplerait la BOJ de relancer la planche à billet. Dans le passé, la question “Qui financera la dette japonaise” avait une réponse simple : la BOJ elle-même et dans une moindre mesure l’épargne nationale. Elle est passée d’un quantitative easing à un début de quantitative tightening, un resserrement quantitatif. La question redevient clairement aigue. La BOJ a annoncé en 2024 qu’elle souhaitait peu à peu sortir du marché obligataire et laisser les prix se fixé plus librement. Concrètement, elle a réduit son rythme d’achat mensuel passant d’environ 7000 milliards de yenn par mois en 2022 à moins de 3500 milliards de yennes en 2025 avec l’objectif de tomber à 3000 milliards de yennes en 2026. Or, pendant ce temps, le gouvernement lui continue d’émettre des montagnes de GJB pour financer ses plans de relance et le déficit qui reste énorme, soit plus de 6 % du PIB en 2023. qui va prendre le relais pour racheter ses obligations en quantité industrielle ? Vous pouvez me dire bah les banques japonaises, elles en ont beaucoup trop. Elles ont subi des pertes d’attente quand les taux ont un peu monté et maintenant elles sont clairement assez réticentes à se surcharger davantage en GJB, d’autant que la pente de la courbe rend plus rentable des prêts ou des placements à court terme. On peut penser aux assureurs vie japonais. Eux ont plutôt tendance à chercher des rendements à l’étranger pour payer les polices de leurs clients. Certains comme Nippon Life ont dit qu’il reviendrait peut-être sur le marché domestique si le 10 dépassait 2 % mais on y’y est pas encore. On peut penser au public japonais via des fonds de placement. Historiquement madameabé l’épargnante japonaise préfère les dépôts bancaires et l’assurance vie aux obligations d’état direct surtout après des décennies de rendement zéro. Pas sûr qu’elle seru pour acheter des GJB à 1 % clairement hein. Et enfin on peut penser aux investisseurs étrangers. Ils ont toujours été minoritaires sur le marché japonais. Ils sont assez méfiants à cause du faible rendement et du risque de change. Ils ont même plutôt diminué leur exposition ces derniers temps vu l’incertitude. Certains fonds étrangers ont vendu des GJB euh quand les rendements ont commencé à grimper, aggravant ainsi la chute des prix. La conclusion de ça, c’est que si la BOJ se retire trop vite, il y aura un déficit d’acheteur. Et que fait le marché dans ce cas ? Bah, il exige un rendement plus élevé pour absorber l’offre excédentaire. Donc les taux montent. Mais si les taux montent trop, on l’a vu tout à l’heure, il y aura un problème de budget. On tourne en rond. C’est l’impage japonaise. La BOJ voudrait bien décroître son bilan, mais le gouvernement n’a pas les moyens d’un vrai retour à l’équilibre primaire. Donc implicitement, on s’attend à ce qu’à la moindre secousse, la BOJ soit forcée de reprendre ses achats. C’est ce qu’on appelle la dominance fiscale. La politique monétaire devient subordonnée à la solvabilité de l’État. Comme si la situation économique n’était pas assez complexe, il faut ajouter à l’équation un virage politique récent. En octobre 2025, après la démission de Fumiyokishida, le Japon a vu l’arrivée au pouvoir de Sanae Takaishi, première femme première midice du Japon. Cette figure de l’aile nationaliste du PLD qui est le parti au pouvoir prône une politique économico-financière qui peut se résumer par plus de dépenses, moins de contraintes surnommé par la Prest la Sanaenomix ou bien New Abenomix. Les grandes lignes du programme de Sana Takaishi sont assez claires. Relance budgétaire massive. Takaishi estime que la croissance prime sur la rigueur budgétaire. Elle a fait voter fin 2025 un budget supplémentaire de 18,3 trillions de yen dédié à un plan de stimulation économique principalement financé par de nouvelles obligations, donc de la dette. Elle n’a pas hésité à augmenter en cours de route l’ampleur du plan face à la grogne publique sur l’inflation. Le portant a plus de 21 trillions de yen au niveau national et même 42 trillions en incluant les dépenses locales. On y trouve des baisses, notamment une suspension de la taxe de l’essence très populaire et des aides tous azimutes. Le deuxième point du programme de Takaishi, c’est l’opposition aux hausses de tout d’intérêt. Takaishi a publiquement exprimé son scepticisme vis-à-vis de la politique de la BOJ de remonter les taux. Elle estime que l’économie japonaise est encore trop fragile et qu’il faut d’abord consolider la croissance avant de songer au désendtement. Elle a même suggéré de changer de cible de discipline budgétaire alors que les précédents gouvernements visaient un retour à un excédent primaire d’ici 2025. Elle a déclaré qu’elle voulait abandonner cet objectif annuel pour un horizon plus lointain. En clair, priorité à la dépense ici et maintenant. Le 3è pont, c’est l’investissement stratégique. Dans le package Sanaenomix, on trouve aussi des dépenses accrues en défense, cybersécurité et un retour en grâce de l’énergie nucléaire pour réduire la facture énergétique et la dépense aux importations. Ce sont des dépenses potentiellement utiles à long terme mais qui alourdissent encore la note à court terme. Et là, on voit le risque. Cette politique, c’est pile ce qu’il ne faudrait pas faire si on voulait rassurer sur la dette. Au contraire, on creuse encore le trou. On fait chauffer la carte de crédit en espérant que la croissance future permettra de rembourser. Sana Kaishi assume ce pari du on dépense d’abord, on s’occupera des comptes plus tard. Argan qu’un pays qui ne croit pas ne peut de toute façon pas se désendetter. Les marchés eux ont un peu tické. Dès la rumeur sur ses attentions, les obligations à long terme japonaises ont commencé à se vendre massivement, faisant monter les rendements à des niveaux inédits avec les îles du 20 ans et 30 ans qui ont vraiment augmenté. Le message des investisseurs est clair. Si vous ouvrez les vanes budgétaires sans contrepartie, on exige une prime de risque plus forte. Et cette prime de risque dans le cas du Japon se traduit par une pression à la hausse sur les taux longs et une pression à la baisse sur le yen. Car qui dit dérives budgétaire dit potentiellement une BOJ contrainte de monétiser encore plus. Donc yen affaibli. La situation qui se profile peut se décrire comme un cas de dominance budgétaire. Cela signifie que la politique monétaire devient largement dictée par le besoins de financement de l’État au détriment de l’objectif de stabilité des prix. Avec Sanaomix, le Japon risque d’entrer précisément dans ce scénario. Le gouvernement veut des taux bas pour pouvoir emprunter sans contrainte et financer ses dépenses alors même qu’il crée lui-même de l’inflation avec ses plans de relance. La BOJ se retrouverait alors dans la pire position. Si elle tente de monter les taux pour calmer l’inflation, elle ferait dérailler le financement de l’État. Le ministère des finances s’y opposerait fermement. Mais si elle les maintient bas pour faire plaisir au gouvernement, elle laisserait possiblement l’inflation s’emballer et le yen plonger davantage. Les signes d’une telle tension commencent à se voir. En novembre 2025, face à la flambée des tau longs, le ministère des finances a dû réunir en urgence le gouverneur de la BOJ et déclarer qu’il surveillait la situation avec une grande inquiétude. Mais en même temps, la ligne officielle du nouveau gouvernement est de minimiser l’importance de la discipline budgétaire. Cette contradiction va être difficilement tenable sur le long terme. Pour les investisseurs en devise, un régime de dominance budgétaire non avoué, c’est le pire scénario pour le yen. Cela reviendrait à dire quoi qu’il arrive, la BOJ ne pourra pas monter suffisamment ses taux parce que sinon le gouvernement fera faillite. Donc si l’inflation dépasse l’objectif et bien tant pis, on la tolérera. À partir de là, si cette croyance s’installe, le yen pourrait entrer dans une spirale de défiance. les agents économiques anticipant une dépréciation continue, voir potentiellement un jour une forme de contrôle d’échange ou refontes monétaire extrême si les choses allaient trop loin. Je vous rassure, pour l’instant, on en est pas là. La BOJ a quand même entamé sa normalisation et Takaishi, malgré son discours des pensiers, reste consciente qu’une perte totale de confiance serait catastrophique. Elle essaie de rassurer en parlant de croissance responsable et en évitant les erreurs grossières à la Lis Trus, une ancienne première ministre britannique dont le mini budget non financé avait paniqué le marché en 2022. Mais l’équilibre est précaire. Les taux japonais montent quand même, on l’a vu, et le yen reste faible. La prochaine grosse bataille sera de voir si la BOJ pourrait continuer à réduire ses achats de dette en 2026 ou si elle devra faire marche arrière sous la pression politique. On l’a dit en introduction, le Japon n’est pas une île isolé sur le plan financier. C’est la troisème économie mondiale et surtout c’est le plus grand créancier de la planète. Ses investissements à l’étranger dépassent largement les investissements étrangers chez lui. Un événement de grande ampleur au Japon aurait donc des répercussions mondiales via plusieurs canaux. Le risque international le plus immédiat, c’est celui qui est d’un rapatriment massif de capitaux japonais vers l’archipel, un phénomène qu’on pourrait appeler le great repatriation. Depuis les décennies, les investisseurs institutionnels japonais, banque, assureur, fond de pension ont placé une énorme partie de leur épargne à l’étranger en quête de rendement plus élevés qu’au Japon. Quelques chiffres pour illustrer. Le Japon est le premier détenteur étranger de bon du trésor américain avec plus de 1100 milliards de dollars de treasuries en portefeuille. Les investisseurs japonais possèdent également d’énormes volumes d’obligations européennes. Par exemple, ils détiennent environ 25000 milliards de yenn de dettes françaises, soit plus de 170 milliards d’euros et de montants comparables d’obligations néerlandaises ou australiennes. Les banques et fonds japonais sont très présents sur les marchés de niche comme le CLO américain, produit de déstructuré et bien sûr, ils ont investi dans toutes sortes d’actions et de fonds internationaux. En tout, les Japonais détenaient 2300 milliards de dollars d’obligations étrangères fin 2023. Donc, si les taux d’intérêt japonais redeviennent attrayant et que le coût de couverture du change, le yen dollar par exemple, reste élevé, ces mêmes investisseurs auront intérêt à revendre une partie de leurs actifs étrangers pour rentrer au pays. Par exemple, imaginons que le 10 japonais monte à 2 % tandis que le 10 ans US reste vers 4 % mais avec un coût de couverture à 3 %. Donc dans ce cas, l’obligation japonaise offre presque autant en aide que l’américaine sans risque de change. Donc c’est rationnel de réallouer vers le Japon. Un tel mouvement a déjà commencé discrètement. En 2022-2023, pour la première fois depuis longtemps, les investisseurs japonais ont été vendeurs net d’obligations étrangères. En particulier, ils ont vendu pour 45 milliards de dollars d’obligation européenne en 2024. SOCgen parle d’une présence décroissante des Japonais sur les marchés internationaux de la dette. Là, on peut se on peut se poser la question de quelle conséquence ça aurait bah s’il y a ce grand rapatriement. Ben, ça risque de mettre la pression à la hausse sur les taux d’emprunt des pays qui profitaient de cette épargne japonaise. Si le Japon vend massivement des bons du trésor américain, Washington devrait trouver d’autres acheteurs ou offrir des rendements plus élevés pour les attirer. Idem pour la France ou d’autres. Ce retrait d’un gros acheteur structurel peut rendre le marché obligataire plus volatile et les financements plus onéreux pour ces pays. Bref, la fin de la répression financière au Japon pourrait provoquer un craque obligataire ailleurs. Ce serait un comble mais pas impossible. Évidemment, on n’ pas de boule de cristal mais on peut dessiner trois grands scénarios pour les années à venir du plus doux au plus extrême en se basant sur les analyses d’experts. Le premier exemple, ça serait un atterrissage contrôlé avec une probalité autour de 30 %. Dans dans cet exemple, la BOJ continuerait de normaliser très progressivement ses taux jusqu’à 0,75 1 % d’ici 2026. Par chance, l’inflation mondiale retombe et la Fed entame des baisses de taux, ce qui réduit naturellement le différentiel avec le Japon. Le Yen se redresse modérément avec un retour vers 130 140 pour un dollar. L’État japonais s’en sort en monétisant encore un peu mais sans dérapage de hyperinflationniste tandis qu’une légère austérité budgétaire est mise en place sur le long terme. Ce scénario clairement il suppose beaucoup de coordination et de chance mais c’est le moins chaotique. Le scénario numéro 2, ça pourrait être bah une stacflation à la japonaise. Le gouvernement dépense à tout va pour soutenir l’économie et satisfaire l’électorat refusant l’austérité malgré la dette. La BOJ sous pression politique maintient les taux bas par rapport à l’inflation. Résultat, le yen continue de se déprécier vers de nouveaux planchers 170 180 voire 200 si vraiment l’écart se creuse. L’inflation importée s’aggrave mais l’économie ne croit pas vraiment mieux. Le Japon vivote en stackflation. Les Japonais s’appauvrissent lentement via la perte de pouvoir d’achat et la valeur de leur monnaie sans crise franche mais sans solution non plus. Le scénario numéro 3, ça serait une rupture systémique. C’est clairement le pire des cas. Les marchés perdent carrément confiance et attaquent les obligations japonaises malgré la BOJ. Les taux longs dépassent de 3 % très vite. La BOJ pour éviter un défaut de l’État relance la planche à billet à une échelle encore jamais vue. Elle devient prêteur ultime de toute la dette. C’est le hyper quantitative easing. Là, le yen s’effondre littéralement, hein. L’inflation domestique explose. On pourrait aboutir à une forme d’hyperinflation ou de gel des marchés obligeant le gouvernement à prendre des mesures d’exception. Contrôle des capitaux pour empêcher la fuite hors du yen, voir infiner une réforme monétaire, par exemple, convertir la dette en nouvelle obligation à très long terme, forcer les banques à absorber des pertes et cetera, c’est clairement un scénario extrême aux conséquences chaotiques globalement puisque bah ça ferait trembler les banques centrales et les marchés du monde entier hein. La réalité se situerait peut-être entre ces scénarios, mais ce qui est certain que les prochains 18 24 mois seront critiques pour voir vers quelle trajectoire le Japon s’engage. Pour conclure ce tour d’horizon, revenons à ce que signifie la situation japonaise pour le reste du monde et pour nous investisseurs ou simples citoyens curieux de finance. Le Japon est aujourd’hui un précédent qui donne à réfléchir en sorte de miroir grossissant des déséquilibres que d’autres pays pourraient connaître à l’avenir. Ce que l’effondrement du Yen et la crise de la dette japonaise nous enseigne, c’est qu’aucune économie, même riche et sophistiquée, ne peut indéfiniment défier les lois de la gravité financière. Le Japon a tenté pendant 30 ans de conjurer la déflation et de stimuler la croissance en accumulant de la dette et en imprimant de la monnaie. Il a repoussé les limite plus loin que quiconque, mais la réalité finit toujours par rattraper son cours. La monnaie japonaise donne des signaux de fin de partie. Le taux à 10 ans japonais sera l’indicateur à surveiller côté obligation. Les annonces budgétaires enfin seront clairement cruciales. En somme, le Japon est devenu le canarie de la mine de charbon de l’économie mondiale. Il nous avertit voilà ce qui arrive quand un pays s’enfonce dans l’endettement, la stagnation et la fuite en avant monétaire pour éviter les réformes structurelles difficiles. Pour les investisseurs, c’est un terrain miné mais aussi une opportunité d’apprentissage en temps réel. Rarement a-t-on vu un cas d’école aussi extrême se dérouler sous nos yeux ? Sur notre chaîne, on va continuer de suivre de près l’évolution de cette situation. Le Japon entre dans une phase de volatilité historique. Cela peut sembler lointain, mais souvenez-vous qu’un battemand d’ail de papillon financier à Tokyo peut provoquer une tempête à Wall Street ou en Europe. D’ailleurs, la récente remontée des toits américaines est en partie liée à des ventes japonaises de treasuries. Gardons l’œil sur le soleil le vent car son éclipse financière pourrait bien annoncer d’autres éclipses dans les économies occidentales surendettées. Le Japon nous rappelle à la fois la puissance et les limites de la politique monétaire. Il sonnent peut-être la fin d’une certaine illusion monétaire dans laquelle beaucoup de pays se sont conclus ces dernières années en pensant que les dettes n’avaient plus d’importance tant que les banques centrales les rachetaient. La devise du yen signifiant littéralement objet rond en référence à l’ancienne pièce de monnaie. Mais aujourd’hui, c’est un cercle vicieux que traverse l’économie japonaise. Espérons pour nos amis japonais qu’ils trouveront une sortie de ce labyrinthe et prenons-en de la graine pour éviter de commettre les mêmes erreurs. L’histoire financière du Japon est un avertissement adressé au monde entier. Je vous remercie d’avoir suivi cette vidéo. J’espère que vous l’avez aimé, que vous avez appris beaucoup de choses. La situation au Japon n’est peut-être qu’un avertissement par rapport à notre situation à nous en France. Car rappelons-le, on n certes pas à 250 % de notre PIB. On est quand même à des niveaux assez importants. Donc est-ce que le Japon tirerait pas la sonnette d’alarme ? Et clairement, j’espère pas que le Japon servira d’exemples pour nos sociétés occidentales. Si cette vidéo vous a plu, bah n’hésitez pas à la liker, à la partager et à mettre un petit commentaire. Je vous dis à plus pour une prochaine vidéo.

Et si la prochaine grande crise économique ne venait ni des États-Unis, ni de la Chine, mais du Japon ?

Dans cette vidéo, on plonge au cœur d’une tempête financière qui secoue l’archipel nippon :
👉 Le yen s’effondre face au dollar
👉 La Banque du Japon est piégée entre inflation et dette
👉 Le Japon pourrait déclencher un choc systémique mondial

💣 C’est l’histoire d’une économie qui a tout misé sur l’argent gratuit pendant 30 ans… et qui se retrouve aujourd’hui face à ses contradictions.
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📌 AU SOMMAIRE :
00:00 : introduction
02:20 : L’architecture de la bulle
07:58 : L’anatomie de l’effondrement
15:28 : La BOJ dans l’impasse
22:20 : La crise de la dette
28:45 : Le spectre de la dominance budgétaire
33:32 : Le Japon Détonateur systémique ?
40:30 : Abonnez-vous
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📊 Ce que tu vas comprendre :

– Comment le yen est devenu la devise la plus dangereuse du monde
– Pourquoi le marché obligataire japonais est artificialisé depuis des années
– Ce que sont les entreprises zombies et pourquoi elles bloquent la croissance
– Pourquoi les choix de la Banque du Japon peuvent déstabiliser Wall Street
– Et surtout : pourquoi ce qui se passe au Japon nous concerne tous

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9 Comments

  1. Sauf que la dette japonaise appartient aux japonais… Se devoir de l'argent à soi-même, ce n'est pas une faillite, c'est un prêt intelligent. Pas comme en France où nos brillants politiciens qui n'ont plus équilibré un budget depuis 50 ans font marcher la planche à billets de la BCE pour couvrir leur folie et leur vol collectif, et où une bonne moitié de notre dette appartient aux fonds de pension US et canadiens, qui peuvent donc faire pression sur les imbéciles. Avec 3300 milliards en 33 ans d'UE + 100 milliards chaque année, on est déjà en faillite réelle, bien avant le Japon.

  2. Merci pour tes recherches, je continue a te suivre, il est important d'expliquer les erreur et les crimes des ancetres, c'est une mauvaise gestions en effet de personnes egoistes comme toujours… sans penser au jeune peuple qui lui n'a rien demandé.

  3. Juste un régal ! C’est tellement riche qu’un seul visionnage est pas suffisant pour tout saisir. Mais le tableau dépeint est assez inquiétant pour le Japon qui se retrouve dans une impasse qu’il a lui même créé. L’absurdité du capitalisme est déprimante parfois